God Save The Serie

Le bonheur ne tient qu'à un bon épisode.

Preview : Le Secret D’Elise, petit bijou made in TF1.

Cette semaine, TF1 présentait ses programmes pour la saison 2015-2016. Et, cette saison, la chaîne, propriétaire des canaux TNT NT1, HD1, et du canal TMC, essaie de s’orienter, entre autres, sur des programmes de fiction de qualité. Dès septembre, on a pu voir la très bonne mini-série Le Mystère Du Lac, puis, cette semaine, TF1 a commencé la diffusion d’Une Chance De Trop, adaptée du roman d’Harlan Coben, et qui a vu Alexandra Lamy triompher au festival de la fiction de La Rochelle début septembre, où le prix d’interprétation féminine lui a été remis.

Mais, l’atout coeur de la chaîne, qui sera diffusé prochainement, n’est autre qu’une adaptation d’une série américaine, The Oaks (que vous connaissez peut-être dans sa version anglaise, Marchlands). Et, contrairement à ce qu’on pourrait penser d’une adaptation, la mini-série propose quelque chose d’original, d’extrêmement captivant, donnant l’impression que la France s’est enfin embarquée sur le train de la fiction télévisuelle de haute qualité.

 

Dès la fin de l’année dernière, alors que les équipes tournaient dans le sud de la France, la presse s’est penchée sur le projet, titillée par le casting de la série. Et à raison. Tournée sur trois époques, TF1 a choisi de confier les rôles principaux à des noms qui, pour la plupart, n’ont plus rien à prouver : Hélène De Fougerolles, Bruno Salomone, Valerie Kaprisky, Julia Piaton, Stephane Freiss, Sophie Mounicot…Et puis un nom qui surprend un peu : Bruno Bénabar. Le chanteur, scénariste de métier, avait joué dans Incognito en 2008, et confiait à la presse au début de l’année que la série lui tenait particulièrement à coeur, lui offrant la possibilité de jouer un rôle dramatique. Et pour cause. L’histoire raconte la disparition de la petite Elise, retrouvée noyée en 1969, et dont le fantôme hante les propriétaires de la maison où elle a vécu en 1986 et 2015, et le couple fictionnel Julia Piaton-Bénabar jouent les parents d’Elise.

Pour la première fois depuis longtemps, TF1 a décidé de parier sur une fiction fantastique, genre mal-aimé en France jusqu’au succès mondial des Revenants de canal+ il y a quatre ans. Le programme s’était exporté mondialement, et avait très bien fonctionné sur des marchés pourtant saturés de séries surnaturelles, notamment aux Etats-Unis. Cependant, TF1 restait un peu en retrait, préférant se concentrer sur le genre policicer qui n’a plus rien à prouver en terme d’audiences. En pleine redéfinition de ses programmes, la chaîne se montre plus audacieuse dans ses choix. Le Secret D’Elise en est un bel exemple.

Le 10 septembre, la série était présentée au festival de La Rochelle, hors compétition. L’occasion pour nous de découvrir les deux premiers épisodes, entourées de l’équipe du film.

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Dès les premières minutes, la première sensation qui se détache est celle d’une très grande maîtrise dans la réalisation. TF1 avait fait appel à une de ses valeurs sûres, Alexandre Laurent, qui a notamment travaillé sur Falco, Profilages, Alice Nevers et R.I.S, qui montre ici toute l’étendue de son talent.

L’histoire se déplace entre les trois périodes (1969, 1986, 2015) avec une aisance et une clarté appuyées par un traitement de l’image différent entre les décennies : grisé en 1969, jauni en 1986, et naturel en 2015. La première crainte qu’on aurait pu formuler est donc levée : c’est fluide, et très net. On ne confond pas les ères, et les allers et retours ne sont absolument pas un frein à la compréhension de l’histoire, bien au contraire.

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Très vite, on tombe sous le charme. Les trois situations ont chacunes leur interêt, reliées par les trois familles qui vivent toutes à Bellerive, dans la grande maison un peu austère. De nos jours, on tourne autour de Julie (Julie De Bona) et Yanis (Samir Boitard), futurs parents sur le point d’accueillir une petite fille, et qui vont subir l’influence d’Elise lors des travaux dans la chambre du bébé. En 1986, Françoise (Hélène De Fougerolles) et Philippe (Bruno Salomone), parents d’un ado et d’une petite fille, réalisent que leur fille a une amie imaginaire qui n’est autre qu’Elise. Et enfin, en 1969, Ariane (Julia Piaton) et Jean-Pierre (Bruno Bénabar), parents d’Elise, vivent avec les parents de Jean-Pierre, Suzanne (Sophie Mounicot) et Raymond (Stephane Freiss) où père et fils ont tous les deux un cabinet de médecine générale.

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L’histoire commence en 2015, avec le personnage d’Ariane de nos jours (Marie-Christine Adam) qui revient à Mérols après le decès de son mari, qui lui a avoué avant de mourir que toute la lumière n’avait pas été faite sur la mort de leur fille. Fermement décidée à lever la part de mystère sur la noyade d’Elise, elle va se rapprocher de Julie, petit à petit.

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La force du premier épisode réside non seulement dans la précision apportée à chaque époque, que ce soit au niveau des décors, des références culturelles, des costumes, mais aussi dans la facilité avec laquelle on s’attache aux personnages, qui n’ont pourtant rien à voir d’une decennie sur l’autre. Les dialogues sont fins, et le saut dans le passé ou dans le présent permet d’éviter d’être plombé par la gravité des évènements de 1969, où les scènes liées à la mort d’Elise sont toutes bouleversantes, portées par le duo Piaton-Bénabar qui marche extrêmement bien, sans jamais basculer dans la surenchère de pathos. C’est la subtilité qui prédomine, surtout chez le personnage de Jean-Pierre, rendant la performance de Bénabar bluffante de puissance. L’équilibre est crée en basculant sur 1986, et la famille d’apparence sans problèmes, où les scènes sont truffées de trésors ingénieux des décorateurs destinés à rappeler les années 80, dans chaque pièce, tout est recrée comme à l’époque avec une précision presque maniaque, et sur 2015 où la situation est plus compliquée qu’il n’y paraît, mais permet de se détacher entièrement du deuil et de la noirceur originale de l’histoire, et de cette famille coincée entre deux ages qui tente de reprendre le cours de son existence après pareil drame.

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Jouant sur la carte très à la mode du cliffhanger, chaque épisode se termine sur une révélation, ou un instant particulièrement haletant, créant de ce fait une envie de voir la suite irrépressible. Le cliffhanger a l’intelligence, plus ou moins subtile, de générer un effet addictif, et une reflexion de la part du spectateur, qui se triture l’esprit jusqu’au prochain épisode. Conçu visiblement pour une diffusion en 2×3 épisodes, le premier cliffhanger est moins marqué que le second, et la salle entière est sortie de la projection sur des charbons ardents. Sur le festival, le lendemain de la projection, les gens qui attendaient pour voir d’autres séries et d’autres téléfilms ne parlaient, d’ailleurs, que de cela. TF1 tient un succès évident.

Les deux premiers épisodes sont riches, forts, captivants, et vraiment prenants. L’écriture est de haute qualité, et la réalisation est précise et puissante. Sur un plan purement technique, certains plans ont un vrai génie visuel, et le montage est parfait. Tout donne l’impression d’être maîtrisé, sans pour autant jeter de la poudre aux yeux par une technicité arrogante : c’est au service de l’histoire et des émotions. On sent immédiatement que chaque personne qui a travaillé sur la série l’a fait par amour du métier, et dans le but de lui donner la chance de tirer nettement son épingle du jeu. Et c’est réussi, la série ne ressemble pas vraiment à ce qu’on est habitués à voir sur la chaîne.

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L’histoire se tient très bien, et ne prend pas le spectateur pour un imbécile. On nous laisse tirer nos propres conclusions, jouer au detective, parfois, sans tirer sur des ficelles grossières et évidentes, comme on est hélas souvent habitués à la télévision française. Le mot qui qualifie le mieux la façon dont tout s’enchaîne est « subtilité ». Tout est délicat, précis, et intelligent. Le traitement des scènes fantastiques, qui était une source de doutes de ma part, parce qu’on bascule facilement dans le ridicule, est à l’image de tout le reste : ingénieux et habile, plein de petits clins d’oeil au cinéma du genre. La musique, composée par François Liétout, est digne d’un film, belle, poignante, soulignant à merveille les moments les plus prenants.

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Le plus bel atout de la série, cependant, c’est son casting, qui tient toutes ses promesses, et les surpasse aisément. Même les noms un peu moins connus, comme Samir Boitard ou Julie De Bona, brillent par leur talent, et leur complète dévotion aux rôles. Marie-Christine Adam, qu’on ne voit pas assez sur nos écrans à mon goût, est d’une sensibilité et d’une intelligence sans égal, rendant la construction même du personnage d’Ariane solide et inspirée. Bruno Salomone est extraordinaire de justesse, et mériterait qu’on lui confie plus de rôles dramatiques tant il émeut, et il tire le personnage d’Hélène De Fougerolles vers l’émotion, là où Françoise était plus légère et frivole, très juste elle aussi. Dans un rôle extrêmement compliqué, celui du seul fil rouge de la série, la muette Catherine, Valerie Kaprisky brille par son approche fine des failles du personnage, et de ses démons aussi. Enfin, le quatuor de 1969 tire tour à tour son épingle du jeu : Julia Piaton est parfaite dans les excès de rage et de colère de cette mère en quête de vérité, Sophie Mounicot est touchante dans un rôle qu’elle porte à merveille, et Stephane Freiss nous rappelle qu’il n’a pas son pareil pour jouer des personnages profonds, troubles, torturés, même. Terminons sur la performance de Bruno Bénabar, qui, dans un rôle multi-facettes qui virevolte entre des émotions entières, parfois violentes, montre qu’il n’est pas un chanteur qui joue à l’acteur, et qu’il a toute sa place au milieu de cette distribution épatante.

Après l’avant-première, il ne me restait qu’une seule petite peur. Les séries innovantes ou originales françaises ont souvent un vrai problème à tenir la distance, et, comme ce fut le cas dans Le Mystère Du Lac dernièrement, la fin est parfois décevante, sinon invraisemblable. J’espérais de tout coeur qu’ici, les choses sauraient se tenir, et, ne connaissant pas la version originale, je ne pouvais pas envisager la comparaison. Ayant eu la chance de voir la série complète lors de sa diffusion Suisse il y a trois semaines, j’ai été largemment rassurée : la fin est surprenante sans être grand-guignolesques, subtile, et la résolution de la situation de chaque personnage coule de source. Un bonheur, vraiment.

Certains essaieront peut-être de retirer à la série ses lauriers de par, justement, sa nature d’adaptation, mais pour avoir vu des dizaines de programmes adaptés, dans un sens ou dans l’autre, avoir une bonne histoire et un bon concept ne suffisent pas à en faire une série de qualité, et ici, c’est pourtant bien le cas. Alors, lorsque TF1 vous proposera de la suivre à Bellerive…Vraiment, n’hésitez pas. Vous avez tout à y gagner.

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Un commentaire sur “Preview : Le Secret D’Elise, petit bijou made in TF1.

  1. Pingback: Premières critiques pour « Le secret d’Elise » | Samir Boitard

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